Qu'est ce que le patrimoine?

Qu’est-ce que le patrimoine ?

« Ce qui est le meilleur dans le nouveau est ce qui correspond à un désir ancien » (Paul Valéry, Tel Quel, Littérature, Œuvres II, éd. La Pléiade, p.561).

Comme tout phénomène culturel complexe, la notion de patrimoine n’est pas réductible à un concept simple et passe-partout.

Peut être considéré comme patrimonial ce qui, dans les signes matériels de l’existence humaine (souvenirs, documents, objets, lieux, bâtiments...) a valeur de témoin de son identité. Notre conscience de nous-mêmes, comme entités psychologiques, sociales ou culturelles, se fonde dans la perception d’une histoire ressentie comme nôtre, dans la signification que nous lui donnons, dans le continuum que nous y déchiffrons. Le patrimoine bâti serait donc la matérialisation de cette conscience dans notre environnement.

«Le lieu constitue notre mode physique d’appartenance à l’histoire» disait Vittorio Gregotti. Or pas plus que les civilisations ne sont immuables, le lieu d’enracinement de notre mémoire n’est fixé une fois pour toutes. L’environnement, bâti ou naturel, patrimonial, est instable en vertu de l’incessante action de l’homme sur lui. Selon la belle formule d’André Corboz, il s’apparente au palimpseste continuellement gratté, effacé, réutilisé, récrit.

Nous y retrouver conduira donc inévitablement à en relire constamment les données, à les réorganiser en une nouvelle intelligibilité, à en redéfinir le sens à travers une expérience, individuelle ou partagée, qui plonge ses racines dans l’inconscient collectif, dans tout ce qui, en nous, éveille inquiétudes, regrets, attachements, nostalgie ou confiance.

C’est dire que le patrimoine est essentiellement fruit d’un imaginaire, et c’est pourquoi son pouvoir d’évocation (l’émotion devant les «vieilles pierres») sera de nature fondamentalement poétique. En outre, dans la mesure où cette poésie atteste notre hérédité, revivifie à chaque instant notre généalogie, sa valeur sera hautement symbolique.

On pourrait dire que ce double caractère fonde les raisons d’être primordiales de la reconnaissance d’une réalité patrimoniale dans toute société humaine et, en amont de tout valorisation culturelle particulière, en légitime la conservation tant sur le plan philosophique que psychique.

En effet, l’existence même d’un lieu, bâti ou paysager, où fixer les phantasmes de la mémoire garantit la cohérence de notre identité spatiale, confirme la tangibilité de nos «origines», inscrit dans le territoire nos virtualités sociales et historiques: chacun a éprouvé, une fois ou l’autre, ce sentiment de désorientation, de perte de mémoire face au lieu naguère familier mais rendu méconnaissable par une incohérente rénovation...

Enfin, le patrimoine n’aura de sens culturel que s’il est reconnu comme valeur partagée au sein du groupe humain. Il sera dès lors inaliénable et imposera à la collectivité un engagement social et moral, un devoir de préservation et de défense.

Bernard Zumthor Genève, Avril 2012

Conserver, restaurer, réanimer

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